Lady Maud Carington avait appris, au fond de l'Extrême-Orient, plus de deux mois après l'événement, le drame sanglant de la Petite-Barrerie et l'arrestation de son ancienne maîtresse de russe. Elle envoyait à son cousin une sorte d'attestation, qu'il eût à produire devant qui de droit, exprimant la profonde estime et l'attachement véritable voués par elle à l'étudiante.
«J'ai rarement rencontré», écrivait-elle, «une personne d'âme si parfaitement droite et haute. Je ne préjuge pas de ce qu'elle a pu faire, mais je jurerais que les motifs en sont respectables. Vous qui le savez comme moi, Freddy, je vous prie d'aller le déclarer aux juges.»
A la fin de cette lecture, lord Hawksbury fut rappelé à la barre.
Le président.—«Votre cousine dit que vous connaissez l'accusée. Est-ce exact?»
Lord Hawksbury.—«J'ai rencontré plusieurs fois mademoiselle Tatiane au château de Beauplan, où demeuraient ces dames, et je savais que la duchesse de Carington et sa fille en étaient positivement enthousiasmées.»
Le président.—«Vous partagiez leur enthousiasme?»
Lord Hawksbury.—«J'ai beaucoup de déférente considération pour mademoiselle Kachintzeff.»
Le président.—«Ainsi, dans une famille comme la vôtre, appartenant à la plus ancienne noblesse, conservatrice par tradition, cette anarchiste russe ne vous apparaissait pas comme une dangereuse révolutionnaire? Sans doute cachait-elle bien ses idées.»
Lord Hawksbury.—«Elle ne les cachait pas. L'absolue franchise de mademoiselle Tatiane était une des raisons de notre estime.»
Le président.—«Lady Maud, en écrivant sa lettre, ne savait pas que l'assassinat de son fiancé fût l'objet du complot de la Petite-Barrerie.»