—«Vraiment?... Nous ne la sauverons pas?...»
A cette question balbutiée, Raymond ne répondit que par un geste de découragement vague. Ses yeux, pleins d'un souci brûlant, s'attachaient à ceux de Flaviana. Le cœur de cet homme débordait de tout autre chose que de préoccupations professionnelles. Même l'état de sa gentille malade, préférée à cause de celle qui la protégeait, ne s'imposait pas à sa pensée. Pour lui, en ce moment, il ne s'agissait guère de Bertile.
—«Voilà plusieurs jours que vous cherchez à me parler, Raymond, sans que nous ayons pu...
—Oui... Vous aviez votre travail, vos répétitions, vous dansiez le soir. Et moi... en dehors des obligations de ma clientèle, j'ai eu ce procès, que j'ai voulu suivre...
Quel procès?...
—Les anarchistes russes... le drame de la Petite-Barrerie...
—Ces misérables vous intéressaient?
—Ne dites pas «ces misérables», Flaviana. Il y a des dessous terribles à cette aventure. Ah! qu'il est difficile de juger! Tatiane Kachintzeff et son fiancé Pierre Marowsky... je les ai vus de près... Ce sont des êtres d'abnégation, de pureté, d'héroïsme... Enfin... laissons. L'une est acquittée, l'autre en prison. Le dernier mot n'est pas dit. Une sentence humaine... est-ce que cela résout quelque chose? Flaviana... moi aussi, j'ai été un juge. Moi aussi, j'ai pesé dans la balance. Et... je me suis trompé.»
Le beau regard de velours sombre interrogea Raymond, avec gravité, avec étonnement,—avec quelque chose de plus: une souriante confiance, qui doutait de le trouver jamais dans l'erreur.
—«Flaviana...» poursuivit-il.