—Pas votre fils!...»
Étrange cri!... La danseuse se dressait, dans une espèce d'égarement.
—«Pas votre fils!...» répéta-t-elle d'une voix plus sourde. «Le fils de votre femme?...»
Delchaume secoua la tête.
Flaviana, debout, se pencha,—car il restait assis,—crispa les doigts sur ses épaules, enfonça dans ses yeux des yeux presque hagards.
—«Raymond... Il n'est pas... il n'est pas non plus le fils de votre femme?...
—Je l'ai cru sien... J'ai adopté, reconnu l'enfant que j'imaginais être celui de Francine... Mentir, c'était lui sauver l'honneur, à elle... Ma Francine!... Et elle était innocente... vous entendez!... pure!... Elle, un enfant... jamais!... Les preuves sont entre mes mains. J'ai mesuré l'immensité de mon amour... Pourtant je ne puis me pardonner de l'avoir supposée coupable, elle!... Vous comprenez maintenant que, même à vous, Flavienne... je ne pouvais pas dire...»
Il s'arrêta. Son émotion ne l'empêcha pas de constater celle de la jeune femme, de s'en étonner. Pourquoi tremblait-elle ainsi, des pieds à la tête? D'où venait cette suffocation qui la faisait haleter, ce rire convulsif, à la fois douloureux et ravi, cette fixité des prunelles, où brillait une étincelle de folie. Une inquiétude contracta le cœur de Delchaume. Inquiétude qui devint de l'angoisse, lorsque la danseuse s'écria:
—«Ni le vôtre... ni celui de votre femme... Cet enfant... cet enfant, qui est le portrait de mon Dimitri... Ah! je le pressentais bien. C'est le mien... c'est mon fils!... Raymond... Voyez-vous... pourquoi je l'aimais tant!... Je vous dis qu'il est à moi!»
Le jeune docteur se leva, prit les mains qui battaient l'air, considéra doucement les beaux traits où passait le désordre de la démence.