L'homme eut son ignoble rire:

—«Comment me préfères-tu, la belle? En Toulénine ou en Flatcheff?—Au fait, c'est vrai: tu es amoureuse de moi. C'est enivrant... Et je te ferais bien les honneurs de mon beau physique,—avec ou sans barbe,—je te recevrais volontiers dans l'intimité, Katinka de mon cœur... Seulement, pas cette nuit. Pour quelque temps encore, j'aime mieux avoir, auprès de toi, les yeux ouverts que fermés. C'est donc Mauricette qui aura le privilège de voir émerger de cette défroque de mâle ta gracieuse forme féminine, et de dormir en ta compagnie.»

Il reprit un sérieux terrible pour ajouter, sortant de sa poche un revolver:

—«Et, je te le répète... Je saurai tout... Si quelque chose ne me paraît pas clair, tu pourras faire tes paquets pour l'autre monde. Rappelle-toi que, pour Bibi» (il se désigna d'un air de fatuité canaille), «c'est tout bénéfice d'exterminer de la bonne petite vermine comme toi. Le patron m'en saurait gré, la police itou. Je ne risquerais pas un cheveu. Tiens-toi donc pour avertie.»

Ce fut tellement sinistre, cet avertissement, reçu sous le canon braqué du revolver, dans le corridor du louche hôtel provincial, où l'humidité sentait le moisi, où l'on devinait des mouchards embusqués derrière les portes, que Katerine, malgré son fatalisme et sa résolution, frissonna.

La vue du bel enfant, au sommeil paisible, près de qui elle passerait la nuit, fut alors d'une telle douceur pour la malheureuse, que les larmes lui en vinrent aux yeux, à elle qui, depuis si longtemps, n'avait pleuré.

Comme elle les contenait, d'un battement de paupières, elle rencontra le regard de Mauricette, l'Arlésienne. La gêne anxieuse de ce regard l'étonna. Elle dit brusquement:

—«Vous savez bien que je suis une femme, comme vous, malgré ces frusques. Vous ne pouvez pas avoir peur de moi, puisque vous êtes chargée de m'espionner.

—Oh! vous espionner...

—Enfin...