—Ça n'est pas mon métier. Kourgane, mon mari, m'a recommandé d'obéir... J'obéis. Sans ça... Mais il y a une chose qui m'occupe...

—Laquelle?

—L'enfant qui est là... ce petit amour... Vous ne pensez pas, dites, qu'on veuille lui faire du mal?

—Quoi!» s'écria Katerine amèrement. «C'est vous qui me questionnez!... Et l'on m'a mise sous votre surveillance, comme si l'on se défiait de moi.»

Elle équivoquait prudemment. Mauricette Kourgane mit un doigt sur ses lèvres.

—«Quoi que nous disions,» fit-elle, «je crois sage de parler très bas. Je n'aime pas beaucoup ce qui se passe. Et l'on nous offre trop d'argent pour que ce soit de la fameuse besogne. Mais c'est l'affaire de mon homme, de Fédor. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'a mis ce chérubin dans les bras, et qu'il faudra me couper en morceaux avant que de lui faire du mal.

—Pour ça, je serai avec vous, de tout mon cœur,» s'écria Katerine.

Les deux femmes se sourirent. Leur défiance mutuelle tombait un peu. Pourtant, ni l'une ni l'autre n'osa se livrer. Et elles n'en dirent pas davantage. Seulement, avant de se coucher, elles se penchèrent ensemble vers le petit Serge-François.

L'Arlésienne avait mis l'enfant dans son lit, à elle,—un de ces vastes lits de province, où elle s'étendrait à côté de lui sans même le réveiller. Il dormait, le visage tout rose dans ses cheveux blonds, un petit bras rejeté au-dessus de sa tête, avec la menotte à demi ouverte. Ses longues paupières mettaient, sur les joues un peu ardentes, l'ombre large de leurs cils. Entre les mignonnes lèvres, d'une merveilleuse fraîcheur, les dents laiteuses brillaient.

Sous la contemplation des deux femmes, il eut un léger soupir, s'agita, nerveux, puis retomba dans sa paix émouvante.