—«Mignon!...» dit l'une.

—«Petit trésor!...» fit l'autre.

Même écho de maternité, vibrant sous la ronde poitrine de la paysanne arlésienne comme dans le maigre sein flétri de la vagabonde des steppes et des bouges. Lien qui les unit toutes. Partout, toujours, devant tout enfant, les femmes sont mères. Ces deux-là, parce qu'il y avait un petit être abandonné, se sentirent en alliance secrète. Elles se souhaitèrent le bonsoir presque avec amitié.

Le lendemain, ce fut de nouveau la course en auto, folle, abasourdissante, ne laissant même pas dans les cerveaux engourdis le ressort nécessaire à la réflexion. Toute la journée, on longea le Rhône. Dans l'intimité de la voiture, en la préoccupation commune de distraire l'enfant, quand il ne sommeillait pas, la vague sympathie ébauchée la veille au soir s'affirma entre Mauricette et Katerine. L'Arlésienne disait:

—«Vous êtes donc Russe, comme mon homme?» Et elle ajoutait, la voix niaise:—«C'est-y aussi dangereux pour les femmes d'être Russe... Parce que, lui... il en a, du micmac et de l'embêtement!...»

«Si elle n'est pas tout à fait ignorante et naïve, elle est très forte. Ne nous livrons pas,» pensait Katerine.

Aussi, lorsque Mauricette, berçant le bébé sur ses genoux, soupira:

—«Pauvre ange!... Est-ce beau?... Dire qu'il a peut-être une maman... ce chérubin-là!...»

L'autre, bien que remuée par l'accent sincère, se garda bien de raconter comment elle avait surpris ce qu'elle croyait être un secret redoutable pour Flaviana.

Malgré l'intention manifestée par Flatcheff de coucher la nuit même à Arles, dût-on y arriver très tard, une panne les força d'y renoncer. A plus de deux heures du matin, ils se trouvèrent en face d'Avignon, rompus, épuisés, et le courage leur manqua pour aller plus loin.