Ils le ligotèrent avec une des cordes fixées aux rondins qui soutenaient le couvercle du sarcophage et qu'ils en détachèrent. Ils le ficelèrent ainsi, debout contre un arbre. Puis ils lui passèrent autour du cou un nœud coulant fait avec la seconde corde. Ils en fixèrent l'extrémité à une branche qu'ils abaissèrent, et que Marowsky, avec cette force qui arrêtait des meules, retint à la hauteur de sa poitrine. Flatcheff constata que lorsque son ennemi lâcherait cette branche, elle remonterait comme un ressort qui se détend, entraînant la corde, et qu'il serait étranglé. Il perçut même ce dialogue, qui devait lui enlever toute espèce de doute, s'il lui en restait:
—«Dis donc, Pierre,» observa Sémène, «as-tu mesuré la secousse? Si elle est trop forte, cela pourrait détacher la tête... Nous aurions du sang. Il n'en faut pas.»
Marowsky ne répondit que par un signe. Alors Sémène se tourna vers Flatcheff:
—«Je suis,» dit-il, «Sloutvine, un élève du professeur Kachintzeff, le père de Tatiane. J'étais du complot à la suite duquel, lui, innocent, il fut envoyé en Sibérie. Je sais que tu l'avais dénoncé. Voici quatre ans que je me suis fait domestique, que j'ai servi patiemment, pour obtenir des références, pour arriver dans une maison comme celle d'Omiroff. Depuis l'affaire de la Petite-Barrerie, je n'ai pas cessé d'être en rapport avec Pierre et Tatiane. Nous t'avons condamné à mort. Nous allons t'exécuter.»
Kourgane, à son tour, s'approcha.
—«Flatcheff, j'étais de bonne foi quand j'ai pris la résolution de vivre tranquille, en France, et d'abandonner la cause révolutionnaire. Jusqu'à hier même, je refusais à Sémène d'agir contre toi, malgré tes crimes,—malgré l'abomination de la Petite-Barrerie. Mais tu as voulu tuer un enfant... Ça, c'était trop. Je suis avec ceux qui t'ont condamné à mort. Nous allons t'exécuter.»
La face de Flatcheff penchait vers sa poitrine. Immobile dans ses liens, il paraissait déjà mort,—mort de peur. Pourtant il souleva sa tête ballottante. Ses yeux égarés cherchèrent quelqu'un. Ils aperçurent, contre un sarcophage blanc, une robe noire de femme.
—«Katerine!...» soupira le damné. «Katerine... dis-leur quelque chose... Aie pitié... Ah!...»
La robe noire glissa dans le reflet lunaire, s'enfonça, fondit dans l'obscurité. La sauvage Risslaya même ne pouvait endurer la scène affreuse. Elle s'enfuit entre l'alignement des sépulcres. Mais elle murmura résolument:
—«Ils font bien.»