—«Oh! non, madame. Comment voulez-vous?... De grandes salles ouvertes à tous les vents... Vous allez voir...»

Elles entrèrent.

Effectivement, l'ancienne demeure de l'Ordre des Feuillants ne semblait pas un logis très hospitalier, surtout en ce glacial après-midi de décembre. Flaviana parcourut, au rez-de-chaussée, la salle du chapitre et le réfectoire, dont les colonnes, à chapiteaux de feuillage, se trouvent aujourd'hui enterrées d'un mètre au-dessus de la base. La terre inégale, pénétrée d'humidité, lui glaçait les pieds, sans qu'elle y prit garde, à travers ses fines chaussures. Le crépuscule amoncelait des ombres entre les ogives. Et, dans ce lieu lugubre, la jeune femme, découragée, n'essaya même plus de renouer ses souvenirs.

Vivement, elle s'engagea dans l'escalier de pierre, tournant en vis dans la tourelle octogonale.

En haut, la vue saisissante la dérouta davantage. L'ancien dortoir s'ouvrait devant elle, immense, malgré sa division en deux travées, que séparent d'admirables colonnes. Mais l'effet impressionnant venait de la double rangée de baies énormes formant autant de vides par où le rouge soir entrait, et dans lesquels se découpaient des tableaux du parc hivernal: groupes d'arbres aux grands gestes nus et tragiques,—profondes allées au sol feutré de rouille, aux lointains de gaze violette,—miroirs d'eau où mourait une lumière d'opale, nappes glauques de ciel parmi l'éboulis des nuages... Quels nuages!... Lourds, cuivrés, sulfureux, livides, où fleurissait tout à coup la plus éblouissante touffe de neige, tandis qu'ailleurs leur flanc d'un noir bleuâtre se liserait de feu. Tout cela entrait dans la salle aux arceaux gothiques, par les vastes ouvertures qui ajouraient la muraille. Les reflets du soir chargeaient d'une teinte verte, surnaturelle, l'atmosphère enclose dans l'antique dortoir.

Flaviana se sentit écrasée de mystère. Un infini de désolation noyait sa pauvre angoisse. Qu'espérait-elle, dans la formidable détresse d'une telle heure, d'un tel lieu? Anéantie, ivre des suggestions désespérantes de ce féroce crépuscule, elle sortit, se tenant aux murs. Mais un cri jaillit de ses lèvres, tandis qu'elle se redressait, galvanisée.

—«Petite!...» jeta-t-elle à la fille du garde.

Et comme celle-ci se retournait:

—«Petite malheureuse!... Pourquoi m'avez-vous menti?... On habite ici... Où sont-ils, ceux qui demeurent dans cette ruine?... Où est la grande chambre voûtée?... Vous savez, la chambre... Ah! cette fois, j'en suis sûre... C'est bien ici qu'ils m'ont apportée... Si j'avais su pour quelle agonie!...»

La jeune Olga, terrifiée, l'implorait: