Un haussement d'épaules. Mais pas un mot. Il n'y avait qu'à regarder ce visage blême, maculé de suie, cette bouche encore convulsive, ces mains aux ongles saignants. Oui, cela avait été dur, à la vitesse infernale du rapide, surtout pour passer d'un wagon à l'autre. Mais c'était fait. La respiration normale revenait aux poumons suffocants de Sloutvine. Il prit des mains de Marowsky le fil électrique. Les deux parties en étaient isolées. Sloutvine les démaillota, sortit de sa poche un commutateur,—une de ces vulgaires poires, munies d'un bouton sur lequel on appuie pour établir le courant. Vivement il lia sur les deux petites bornes les tronçons du fil, et revissa l'enveloppe de bois.

Alors, sans une parole, il tendit l'objet à Tatiane.

Quel recul!... quelle pâleur!...

Elle ferma les yeux, puis, les rouvrant, elle enfonça leur flamme limpide jusqu'à l'âme de Sloutvine.

—«Seul?» demandèrent ses lèvres blanches et tremblantes.

—«Oui.

—Vous me le jurez?

—Je le jure. J'ai enfermé l'Anglais dans le couloir. Il ne peut être atteint.

—Le train?... Les autres?... Sloutvine... il est encore temps... Aucun innocent ne souffrira?

—Aucun... Faisons vite.