—Vous en jugerez.

—Vous ne savez pas son âge!... Est-elle primipare?» (Mais, interprétant aussitôt le terme scientifique): «Est-ce son premier enfant?»

L'infirmière ne répondit pas. Elle s'agita un peu. Et il me sembla, au mouvement de sa jambe contre la mienne, qu'elle avançait le pied pour chercher celui de l'homme placé en face de nous sur un des strapontins. Comme s'il eût attendu le signal, cet individu prit la parole:

—«Mademoiselle,» me dit-il,—toujours avec le même ton déférent—«ne vous alarmez pas. Madame la religieuse ici présente vous jurera, comme je vous le jure moi-même, que vous n'avez rien à craindre.»

Cet exorde ne laissa pas que de m'impressionner fort désagréablement. Mais j'étais en pleine forêt nocturne, dans une auto qui faisait du quatre-vingts à l'heure. Inutile, par conséquent, de bouger ou de crier. Je ne fis ni l'un ni l'autre.

Ce fut la religieuse qui continua. Sa voix onctueuse me parut plus inquiétante.

—«Vous comprendrez, docteur. Vous ne nous en voudrez pas. La naissance à laquelle vous allez aider doit être entourée du plus profond mystère. Des malheurs effroyables seraient le résultat d'une indiscrétion, même la moindre. Vous nous permettrez donc, avant notre sortie de cette forêt, de vous bander les yeux.

—Jamais!... Comment!...» m'écriai-je, révoltée. «Et le secret professionnel?... J'y suis astreinte sur l'honneur. Ose-t-on supposer que j'y faillirais?

—Certes, non... mais enfin...

—L'intérêt même m'y oblige, voyons...» ajoutai-je. «Un médecin qui ne s'y tiendrait pas scrupuleusement ruinerait sa carrière.»