L'injonction retentit, brève et dure. Ce fut une surprise dans le public. Le président, connu pour son extrême courtoisie, adoptait généralement des formules plus enveloppées, un ton plus doux, lorsqu'il s'adressait à des femmes, fût-ce à des accusées. Mais on s'étonna moins lorsque se dressa, contre le fond sombre des boiseries, entre les uniformes des municipaux, la silhouette singulière, dont on eût douté si elle était d'un garçon ou d'une jeune fille.

La voilà donc, cette étrangère sur qui tant de légendes avaient couru.

Les regards qui, de cette salle des assises, bondée pour le sensationnel procès, convergeaient sur elle, purent discerner, sous l'apparence androgyne, toute la flamme tendre d'un cœur féminin, lorsque Tatiane, avant de se soumettre à l'interrogatoire, chercha d'abord les yeux de son fiancé.

Assis deux places plus loin, sur le même banc, Pierre Marowsky la contemplait avec la naïve adoration d'un croyant pour son idole. Séparés par les longs mois de la prison préventive, ils se trouvaient enfin rapprochés. La béatitude de se voir les soulevait—c'était évident—au-dessus de toutes préoccupations.

—«Votre nom?» demanda le président.

—«Tatiane Fédorovna Kachintzeff.

—Votre âge?

—Vingt-deux ans.

—Où êtes-vous née?

—A Pétersbourg.