Cette chambre, largement éclairée à l'électricité, vaste et haute, voûtée dans le style gothique, avec des arcs-doubleaux, avait trois fenêtres, closes de volets intérieurs, et deux portes, fermées,—peut-être à clef. Elle me fit un effet contradictoire, d'opulence et de délabrement. Par ses proportions, par son décor architectural, elle décelait une demeure plutôt somptueuse, un château sans doute. Mais est-ce qu'une armée pillarde avait passé par là? Les rideaux, les tapis, les tableaux, le mobilier manquaient. Les murs étaient nus.

Je consigne tout de suite une réflexion dont je ne m'avisai que plus tard: c'est qu'on avait dû démeubler cette pièce lorsqu'il devint indispensable d'y introduire un docteur,—pour que cet étranger n'en gardât aucun souvenir distinct et caractéristique. A moins que ce ne fût une précaution d'hygiène, pour établir autour de l'accouchée un milieu aseptique,—ainsi que j'en jugeai au premier abord.

Il y avait, naturellement, les objets essentiels. Avant tout, le lit. Un lit quelconque, en bois sombre, assez large et sans aucune draperie. Puis, une grande table, couverte d'objets de toilette ou de pharmacie, et des chaises fort ordinaires.

Du lit s'échappait une plainte faible et continue, sans qu'on pût discerner le pauvre être qui gémissait ainsi. Cette plainte exhalait tant de souffrance découragée, qu'elle me perça le cœur.

A côté du lit, en face de moi, une femme se tenait debout.

Si rapides qu'eussent été ces constatations, elles venaient après une autre qui frappait aussi désagréablement mes sens que ma pensée. Une odeur de chloroforme saturait l'atmosphère. Moi qui venais de suffoquer à demi sous mon bandeau, je ne pus supporter l'asphyxiante impression. En même temps, je m'en alarmai comme médecin.

—«De l'air... Il faut de l'air, ici,» m'écriai-je.

La personne qui se trouvait près du lit ayant fait une espèce de geste vague,—plutôt négatif,—je me dirigeai résolument vers une des fenêtres, pour l'ouvrir moi-même. Les volets pleins qui s'y appliquaient à l'intérieur résistèrent à tous mes efforts. Il en fut de même aux deux autres croisées. Munis d'une fermeture hermétique, ils ne bougèrent pas plus que le mur même. Cette constatation m'incita à tâter les serrures des portes. Les portes étaient closes aussi solidement que les volets.

L'inquiétante impression ramena ma main, meurtrie par la lutte, vers une petite sacoche suspendue à ma ceinture, où j'avais eu soin de placer, ce soir-là, comme toujours pour mes sorties nocturnes, un revolver,—d'ailleurs minuscule et peu redoutable, un revolver-bijou. Je possédais toujours la sacoche, mais on en avait enlevé le revolver,—fort adroitement, je dois le dire, je ne m'en étais pas aperçue. Une exclamation indignée m'échappa.

—«Où suis-je?» m'écriai-je, presque avec fureur, en revenant vers la femme immobile. «Quel est ce guet-apens?