Il courut au télégraphe, et lui envoya cette dépêche à sa villa près de Villenoise:

Ayez confiance en moi. Je serai chez vous après-demain dans la matinée. Rien ne changera.

Vincent.

Mais, tout en combinant des mots qui, sous une indifférence extérieure, portassent une signification consolante, le jeune homme n’alla pas jusqu’à se contredire. En effet, la première émotion passée, déjà naissait en lui l’espoir que Sabine, par fierté ou par désintéressement, lui rendrait sa liberté, maintenant qu’elle le savait épris d’une rivale. Car il ne l’abuserait plus: son cri avait été trop sincère, Sabine était trop clairvoyante. Jamais, au prix des plus habiles mensonges, il ne pourrait lui ôter la conviction qu’il aimait Gilberte. Certes, il regrettait encore de le lui avoir dit, et si brutalement!... Mais puisqu’elle le savait... De quoi cette femme n’était-elle pas capable par orgueil? En ce moment il avait tout à craindre ou à espérer d’elle. Pourquoi n’espérerait-il pas?

Une espèce de fatalisme engourdit les pensées de Vincent. Après tout, ne risquait-il pas sa vie demain, à côté de son ami Robert? A ses yeux, le danger paraissait plus réel qu’à ceux de l’inventeur. Il n’avait jamais cru d’une foi bien enthousiaste à toutes les vertus de ce nouveau métal. Il attendrait donc de voir s’il vivait encore pour recommencer à se tourmenter.


IX