Malgré cette réflexion rassurante, les yeux de Vincent fouillaient l’épaisseur du fourré, et sa main droite s’enfonçait, d’un geste un peu nerveux, dans celle de ses poches qui contenait un revolver.

Il suivait alors une allée tout à fait assombrie par la proximité de la colline rocheuse. A un moment, cette allée, qu’un cheval pouvait parcourir, mais qui n’était pas carrossable, longeait le chaos de pierres, d’arbustes et de plantes grimpantes où s’indiquait la place de l’ancien éboulement. Les blocs écroulés disparaissaient sous l’envahissement des verdures. Un sentiment de solitude profonde et la sauvagerie du site procuraient à Vincent un plaisir légèrement anxieux, grâce auquel il oublia, durant quelques minutes, et ses souvenirs et le but de sa course.

Mais un détour du chemin le ramena dans une large avenue qui ondulait presque jusqu’à l’horizon, par des alternatives de montées et de descentes, entre le rideau sombre des futaies. Alors il mit Gipsy au trot. Et il ne l’arrêta plus que devant la grille de la villa.

Du bout de son stick, et sans descendre de cheval, il agita la sonnette. De l’autre côté d’une pelouse, sur les marches du perron, Estelle, la femme de chambre, apparut.

Elle s’exclama: «Ah! monsieur!...» Puis, au lieu d’ouvrir, elle rentra dans la maison, comme pour appeler quelqu’un ou prendre quelque chose. Un instant après, elle revint, tenant entre ses doigts une lettre.

M. de Villenoise, pris d’impatience et d’inquiétude, avait sauté à terre, et secouait de nouveau la sonnette, cette fois à tour de bras. Pourquoi Sabine ne paraissait-elle pas à une fenêtre?... Elle devait l’attendre cependant.

Quand il revit Estelle, il cria:

—Mais, sapristi! Arrivez donc!

Et avant qu’elle eût ouvert la bouche: