La blessure de Vincent était très grave. Plusieurs sondages n’amenèrent pas la découverte de la balle. Pour ces douloureuses opérations, il fallait endormir le blessé. Chaque fois, les médecins tremblaient qu’il ne se réveillât pas.
Lorsque Sabine revint chez elle le soir du crime, elle savait déjà l’horrible chose. L’émotion des gens à la gare, une conversation entendue en route, lui avaient appris ce qui se passait. Elle parvint dans sa villa tellement défaite, que sa femme de chambre qui, par hasard, ne savait rien encore, en fut épouvantée.
—Préparez-moi vite un sac de nuit, dit la malheureuse femme, qui haletait. Je vais à Villenoise, et je n’en sortirai que lorsqu’il sera hors de danger.
Elle ajouta plus bas:
—Ou morte, s’il...
Une convulsion d’angoisse lui coupa la parole.
—Mais, dit Estelle, madame sait-elle qu’il est déjà dix heures? La nuit est particulièrement sombre. Comment madame ira-t-elle par le bois?
—Le bois!... murmura Sabine. (Elle trembla, secouée d’un frisson.)—Oh! non... La voiture qui m’a ramenée de la gare m’attend. Je tournerai la propriété et je remonterai par la grande avenue.
Deux heures après elle entrait dans la chambre du blessé.