Toute sa volonté se tendait pour donner l’illusion d’un calme factice. Car elle trouvait là des médecins qui ne la connaissaient pas, et, si elle leur paraissait devoir être, par sa présence, un danger pour le malade plutôt qu’un secours, ces messieurs lui fermeraient la porte sans cérémonie.
Quand ils la virent, toute pâle, mais très ferme, d’une distinction qui s’imposait, et d’une beauté si douloureuse, tout de suite et presque sans paroles ils lui donnèrent la place qu’elle réclamait au chevet du blessé.
Dans cette chambre muette, où planait une si sombre angoisse, elle aperçut une robe de femme qui se mêlait aux redingotes noires des illustres praticiens et à celle, un peu râpée, du modeste médecin de campagne. C’était une humble jupe grisâtre d’ouvrière. Une des femmes de l’usine avait été bien heureuse et bien fière qu’on voulût accepter ses services.
—Allez, ma bonne, lui dit Sabine de cet air à la fois doux et altier auquel les gens du peuple ne résistent pas. Vous pouvez vous retirer maintenant. C’est moi seule qui soignerai M. de Villenoise.
L’ouvrière s’éloigna, refermant la porte sur elle si doucement qu’on ne l’entendit pas. Alors Sabine s’avança vers le groupe des trois hommes, qui la regardaient avec une curiosité grave, non exempte d’une bienveillance attendrie.
—Le sauverez-vous? leur demanda-t-elle.
Naturellement ils lui donnèrent de l’espoir.
—Mais où donc l’a frappé cette balle? Je croyais qu’il avait seulement la jambe cassée.
—La jambe cassée, madame! Mais cela ne serait rien... Qui a pu vous dire?...
—Oh! personne... fit-elle précipitamment.