Ces cris de délire, en éclatant au-dessus de Sabine, la rappelèrent à elle-même. Elle bondit sur ses pieds, juste à temps pour que le valet de chambre, attiré par la voix de son maître, ne la surprît pas dans son étrange prostration.
M. de Villenoise était sur son séant, la figure enflammée, le bras tendu, les yeux dilatés d’effroi. Sabine le trouva plus navrant à voir que tout à l’heure sous son masque blême de mourant. Elle perdait la tête.
—Courez, dit-elle à Prosper, courez... Réveillez les docteurs!
Mais Prosper commença par saisir à bras-le-corps le buste de son maître, tant il craignait un élan hors du lit. Le brusque appui des pieds sur le sol pouvait tuer le blessé.
—La potion... dit le domestique. Est-ce l’heure?
Sabine courut au flacon, saisit la cuiller. Elle n’avait pas donné la potion à temps!... Voilà pourquoi l’accès avait eu lieu. L’heure?... Qu’en savait-elle?... Il y avait très longtemps peut-être... Grands dieux! Qu’avait-elle fait?... Elle n’osait avouer sa négligence à ce valet, plus attentif qu’elle-même. Si les médecins se doutaient de sa faute, on l’empêcherait de soigner Vincent!...
Toute tremblante, elle approcha la cuiller des lèvres du blessé. Celui-ci continuait à divaguer, à se débattre, parlant toujours de cette fuite des arbres, son pauvre cerveau ravagé par cette galopade fantastique, par cette effrénée déroute glissant éperdument à sa droite et à sa gauche.
—Mais non... Il n’y a pas d’arbres... Que monsieur ne s’inquiète pas comme ça... Monsieur est tranquillement dans son lit, disait Prosper avec douceur.
Le contact frais de la cuiller apaisa un instant le blessé, qui aspira les quelques gouttes avec délices.