—Certes... Ne lui as-tu pas interdit toutes sortes de choses?... Attends que je me rappelle... Ah! oui... par exemple, de tirer au pistolet.
—Oh! entendons-nous, répliqua Vincent. Ce n’est pas contre le pistolet précisément que j’objectais. Figure-toi qu’à un moment Sabine s’amusait à me contrarier en se donnant des allures masculines,—ce que je déteste le plus chez une femme! Elle s’habillait en homme dans son atelier, recevait ses modèles, et même des journalistes, dans ce costume... Elle fumait comme un petit volcan... Et, par-dessus le marché, en effet, elle avait installé un tir dans son jardin. Puis, brusquement, un beau jour, elle a fait disparaître tout cela, dans un de ses accès de soumission passionnée qui parfois suivaient ses révoltes les plus violentes. Mais, ajouta Vincent, qui s’interrompit en remarquant une expression singulière sur le visage de l’inventeur, qu’est-ce que tu as donc? Tu trouves, n’est-ce pas, qu’il fait trop chaud ici? Ouvre donc une fenêtre. Tu sais, je ne crains pas l’air.
—C’est vrai, j’étouffe! dit Robert en se dirigeant vers la croisée.
—Va donc faire un tour, mon pauvre vieux. Ce n’est pas une atmosphère pour toi, cet intérieur de malade.
Dalgrand protesta contre le dernier mot. Il affirma que Vincent n’était plus malade.
M. de Villenoise, en effet, avait quitté le lit. Assis dans son fauteuil, les jambes soulevées sur un pouf et couvertes par une courte-pointe en satin, les cheveux et la barbe sortant pour la première fois des mains du coiffeur, il était bien près de redevenir le beau garçon de naguère. Mais ses yeux encore un peu rentrés dans leurs orbites, son teint trop blanc, la maigreur de ses joues et de ses doigts, témoignaient encore de la rude épreuve qu’il venait de traverser.
—Toi, malade! répétait Robert. Allons donc! Tu as plutôt l’air... eh! parbleu... d’un fiancé. Voyons, sois franc! A quand la noce?
Un nuage passa sur le front pâle de M. de Villenoise. Il ne répondit pas tout de suite.
—Je te demande pardon, murmura son ami. Je croyais que c’était décidé.