—Oui, soupira Vincent. Après ce qu’elle a fait pour moi, c’est mon strict devoir.

—Mais c’est un devoir qui, j’ai lieu de le supposer, ne te pèsera guère.

Vincent lui lança un regard de reproche.

—Crois-tu, lui dit-il, que j’aie deux cœurs, ou que le mien puisse oublier si vite?

—Cependant...

—Ne revenons pas là-dessus, dit avec fermeté M. de Villenoise. Je n’en ai pas le droit. Nous ne pourrions dire que des paroles dangereuses et inutiles. J’ai pour Sabine la plus infinie reconnaissance. Je l’aime tendrement. Pourtant... (il hésita), pourtant, lorsque je l’épouserai, je ne ferai pas un mariage d’amour.

Là-dessus, il détourna la tête et ferma les yeux. Car il n’avait pas encore la vigueur suffisante pour dominer son émotion.

Dalgrand, que poussait le sentiment d’une effrayante responsabilité, eut le courage de ne pas respecter cette faiblesse qui se dissimulait. Un point très important devait être éclairci.

—Voyons, dit-il, je ne t’accuse pas d’avoir deux cœurs,—comme tu le disais à l’instant,—mais je présume que cet organe, unique chez toi, ne s’est jamais guéri tout à fait de l’ancienne affection. La reconnaissance décide le triomphe de cette affection-là. Mais est-ce bien la reconnaissance toute seule? Avant ton accident, ne te souviens-tu pas de certaine soirée en Belgique, où j’ai pu me figurer que je dînais avec le couple le plus uni et le plus légitime de la terre?... La reconnaissance, pourtant, n’était pas encore née.

—Ah! cette soirée... cria Vincent.