Robert se retira dans sa chambre.

«La crise n’était pas jouée,» pensa-t-il. «Mais si elle m’en sert d’autres de ce genre... Si elle ne veut pas disparaître sans bruit de l’existence de Vincent, comme je le lui demanderai... Ma foi, tant pis! je la livre au juge d’instruction.»

Une heure après, il admirait l’énergie de cette volontaire créature. L’effrayante convulsion passée, elle était redevenue elle-même, elle souriait, elle s’excusait de ce qu’elle appelait «ses stupides nerfs», et elle déclarait ne pas comprendre comment cela avait pu arriver.

—Et M. Dalgrand a eu la bonté de manquer son train à cause de moi! disait-elle. Alors, monsieur, j’espère que vous serez aimable tout à fait. Vous viendrez jusqu’à mon cottage comme vous me l’aviez promis, avant de vous rendre à la gare?

—Certainement, madame, avec le plus grand plaisir, dit Robert en s’inclinant.

—Pas avant de déjeuner, j’espère, s’écria M. de Villenoise.

A table, Dalgrand observa Sabine. Elle parut d’une gaieté charmante et d’un calme parfait. Il ne surprit dans ses yeux qu’une seule lueur d’angoisse. Ce fut à un moment où, par un geste machinal, il faillit tirer sa montre. Sauf cet éclair tragique, elle ne laissa rien soupçonner de ce qui se passait en elle.

«Quelle organisation merveilleuse et redoutable que celle des femmes!» pensa Dalgrand. «Ou du moins d’une femme comme celle-ci.»

Peu après le déjeuner, Mme Marsan et Robert montaient sur le phaéton. Le jeune homme conduisait. Un domestique se plaça derrière eux.