—Monsieur dînera-t-il au château? Dois-je donner des ordres?
—Eh! je n’en sais rien. Allez-vous-en!
Une fois que l’homme eut quitté la pièce, Dalgrand, avant même de s’asseoir, ouvrit la seconde enveloppe. Elle contenait une lettre assez longue, d’une écriture qu’il ne reconnut pas, et un mot très court de Vincent.
Ce mot, Robert le saisit tout entier d’un coup d’œil. Et il continuait à le contempler d’un regard fixe, tous les traits de son visage pétrifiés et blêmes, dans une stupeur qui paralysait même l’émotion. Puis, tout à coup, un cri sourd monta de sa poitrine. Son grand corps chancela... Il s’abattit sur un siège, en essuyant, par un geste machinal de la main, la sueur froide qui lui perlait au front.
Voici ce qu’il avait lu:
«Mon cher ami,
«Sabine est morte. La malheureuse s’est empoisonnée cette nuit avec du laudanum. Sa femme de chambre affolée est accourue m’apporter cette terrible nouvelle, avec une lettre qu’elle devait me remettre dès ce matin, suivant les dernières volontés de sa maîtresse.
«Je cours auprès de l’infortunée qui n’est plus. Viens m’y rejoindre. Mais lis d’abord sa lettre. Elle t’apprendra, paraît-il, peu de choses que tu ne saches.
«Vincent.»
Il se passa un moment avant que Robert eût le courage de lire cette confession de Sabine. Mais l’idée que son ami l’attendait, plongé dans les plus pénibles rêveries, auprès de cette morte, le rappela à lui-même. Il déplia le papier et parcourut ce qui suit: