—Voulez-vous, ma chérie, dit-il froidement, que nous prenions ensemble au moins notre premier repas sans reproches?
Les lèvres de Sabine pâlirent; ses yeux eurent une courte flamme noire. Elle se dressa; puis avec un léger ricanement:
—C’est vrai, vous m’y faites penser. Le déjeuner nous attend. Venez-vous?
Vincent la suivit, déjà fâché contre lui-même et contre elle. Mais, avant de monter les trois marches qui menaient à la salle à manger, Sabine se retourna, lui jeta les bras au cou.
—Des reproches?... Non, non, je ne veux pas vous en faire... Jamais!... O mon ami! vous m’aimerez comme vous voudrez, comme vous pourrez... J’ai trop souffert loin de vous! Si vous saviez!... Ah! j’ai tort de vous le dire... Mais je ne puis pas vivre sans vous... Je n’ai que toi, vois-tu!...
Un peu attendri, un peu gêné aussi par cette exaltation, il la calmait de quelques paroles câlines; puis, désignant la porte près d’eux, au delà de laquelle la femme de chambre attendait devant leur couvert mis:
—Chut!... Estelle peut nous entendre.
—Qu’importe! fit Sabine.
Pourtant elle baissa la voix:
—M’aimes-tu?