—Vincent!... Vincent!... Qu’est-ce que tu veux dire?...
Elle était domptée, transformée... Mais d’une si effrayante façon que M. de Villenoise eut peur de sa victoire. Cette créature violente, belle malgré tout dans sa colère, changea de visage: son teint mat prit une nuance terreuse, ses traits se tirèrent, ses lèvres blêmirent.
—Que peux-tu me sacrifier?... balbutia-t-elle. Parle... Je le devine, va... C’est un mariage. O Vincent!... mon Vincent! Tu en aimes une autre... Je te suis à charge. Eh bien, je me tuerai!... Oh! oui, ce sera bon de mourir... Tu ne m’aimes plus!... Oh! c’est trop affreux!... c’est trop affreux!...
Elle porta les deux mains à sa gorge. Elle étouffait. Une contraction nerveuse lui coupa la parole. Sa voix s’étrangla; les mots se perdirent en un rauque gémissement. Puis, tout à coup, un cri jaillit, et elle s’abattit en avant, le front sur le tapis.
«Allons!...» se dit M. de Villenoise avec un soupir d’irritation.
Mais la pitié le saisit, effaça tout. Déjà il s’agenouillait près d’elle, soulevait sa tête, prenait ses mains raidies, et baisait, avec des paroles de consolation, ses yeux, qui, sous les longues paupières, avaient perdu leur flamme et se convulsaient légèrement:
—Sabine... Ma chérie... A quoi penses-tu?... Moi, me marier!... Mais il n’en est pas question... Mais je n’y songe pas!... Écoute... voyons... Tu sais bien que je t’ai donné toute ma vie...
—Ah! gémit-elle avec un flot de larmes qui termina la crise nerveuse, tu le regrettes!...
Il protesta; il lui fit des serments. Et comme elle demandait l’explication de ce mot de «sacrifice» prononcé par lui tout à l’heure, il déclara que c’était une plaisanterie.
—Une plaisanterie!... avec l’expression que tu y as mise!