Quand Sabine revint du seuil de l’atelier, où elle avait reconduit le comte de Bréville, elle posa sur M. de Villenoise un regard triomphant et s’écria:
—Vous le voyez, c’est une commande.
Il se taisait. La jeune femme reprit:
—Je ne l’aurais jamais eue, si j’avais continué à vivre en recluse, suivant vos conseils. C’est un journaliste influent qui m’a fait connaître M. de Bréville... Un de ces journalistes à qui j’ai eu le bon esprit d’envoyer ma carte avec l’invitation à visiter mes envois pour le Champ de Mars.
Vincent dit, avec une voix qui voulait garder un accent naturel:
—C’est la femme ou la sœur de M. de Bréville dont vous allez faire le portrait?
—Non, répliqua Sabine avec un air de bravade. C’est sa maîtresse.
—Ah! je comprends, reprit M. de Villenoise. Cela m’eût étonné...
Il prononçait lentement, et lentement aussi ses yeux toisèrent la fine silhouette, d’une masculinité équivoque. Rien ne pouvait être plus blessant que son intonation, sa réticence voulue, son regard... Mais il était exaspéré. Tous ses efforts intérieurs ne tendaient qu’à garder son sang-froid.
Sous le mépris calculé de sa voix et de ses prunelles, Sabine bondit littéralement de fureur. Elle eut un élan de fauve. Et lui, par un instinctif mouvement de défense, mit les bras en avant, saisit les frêles poings crispés.