Elle bégaya:

—Le lâche!... Le lâche!...

Puis, quand il eut ouvert les doigts, ce fut elle qui le prit à l’épaule, enfonçant ses ongles dans l’étoffe et dans la chair. Et, tout en l’immobilisant par cette étreinte, elle avait un geste comme pour le pousser vers la porte, avec ce cri:

—Va-t’en!... Mais va-t’en donc!... Je ne peux plus te voir!...

—Lâchez-moi, dit-il. Je m’en irai. Je ne demande pas mieux. Cette vie n’est plus tenable.

Elle ricana—mais d’un ricanement qui ressemblait à un sanglot. Et elle souhaitait la force de le chasser, tout en s’épouvantant de ce qu’elle éprouverait quand il aurait passé la porte. Jamais elle n’avait eu tant envie de l’insulter, de le meurtrir, ni tant de frayeur de le perdre. Une impulsion lui vint de se laisser glisser à ses pieds, d’y fondre en larmes et en paroles de repentir. Mais, d’avance, elle sentait les angoisses qui en résulteraient pour son orgueil, l’horreur que lui inspirerait Vincent s’il ne la relevait pas avec le mot précis qu’elle attendrait de lui. D’ailleurs ce serait abandonner la lutte, accepter le rôle de maîtresse soumise, renoncer aux revendications de ce qu’elle croyait ses droits. Elle se serait rendue odieuse en pure perte.

Toutes ces pensées traversaient comme des éclairs son état trouble et violent. Et la cruelle tension de ses nerfs lui faisait mal à crier.

—Il faut en finir, prononça froidement M. de Villenoise. J’avoue que je ne suis point fait pour endurer de pareilles scènes. Nous nous sommes séparés deux mois pour les interrompre. Elles recommencent. C’est ma faute, évidemment. Je me reconnais incapable de vous rendre heureuse... Mais enfin, si nous ne pouvons nous supporter qu’à distance, prenons-en notre parti.

Tandis qu’il parlait, Sabine avait détaché ses mains de l’épaule du jeune homme. A présent elle le regardait, très droite, toute blanche, ses beaux yeux noirs brillant d’un éclat pénible et fixe.