Ce regard oppressait et irritait Vincent, figeait en lui la tendresse et la pitié. Il y voyait s’annoncer l’attaque de nerfs.
—D’ailleurs, ma chère amie, reprit-il—en mettant à ce mensonge nécessaire une certaine douceur d’intonation,—je venais précisément vous dire que les affaires m’appellent à Villenoise. Le directeur de mon usine m’écrit qu’il a besoin de moi...
—Épargnez-vous donc les frais d’imagination, dit-elle. Pourquoi cette fausse excuse?... Qui vous retient?... Partez.
Maintenant elle avait presque l’air calme. Pourtant elle sentait croître en elle-même une souffrance aiguë, intolérable.
—Ah! c’est ainsi? dit Vincent. Je ne voulais pas vous quitter brusquement, Sabine. Mais puisque vous le prenez de la sorte... Adieu.
Elle répondit sans faire un mouvement:
—Adieu.
Il se rapprocha d’elle, souleva une de ses mains, qu’il baisa. Puis, comme cette main retombait inerte, il s’attarda quelques secondes, un sourire gêné sur les lèvres, n’ayant plus la force de saisir cette liberté qu’on lui donnait, qu’il désirait tant... Car il connaissait trop la pauvre nature brûlante et douloureuse qui se raidissait devant lui—sous l’ironie de ce costume d’homme... Cependant, que faire?... De quelque façon qu’il agît, ne verrait-il pas, à chacun de ses gestes, saigner et s’enflammer ce cœur de femme? A cette minute même, une sensation de cauchemar lui coupait la respiration, creusait dans sa poitrine comme un vide où nul organe ne fonctionnait plus. La tentation de fuir l’emporta. Il balbutia:
—Je vous écrirai.
Et il se dirigea vers la porte.