Comme il fit un geste, elle se cramponnait à lui:
—Ne me quitte pas!... Par pitié ne me quitte pas! Je ne sais pas ce que je ferais... J’ai peur...
Il protesta—mais d’une voix blanche, résignée—qu’il ne songeait plus à partir.
—Oh! s’écria-t-elle, ne me parle pas sur ce ton. Je sens bien que tu me détestes... Et cela me rend folle!
—Mais non, ma chérie... Te détester!... Cela me serait impossible, quoi que tu fasses... Mais pourquoi t’infliges-tu de pareils tourments?... Nous pourrions être si tranquillement, si doucement amis!
Avec un sourire d’ironie navrée, elle répéta ce mot:
—«Amis...»
Puis les larmes vinrent. Elle pleurait dans un humble abattement,—toute sa violence tombée. C’étaient de lourdes larmes, des sanglots profonds, comme d’une petite fille au désespoir. Et son costume d’homme la rendait plus pitoyable, par le contraste de cette virilité apparente avec sa puérile détresse.
Vincent lui en fit la remarque, essayant de rire, afin de la ramener par une plaisanterie au ton de leur familiarité ordinaire. Elle écarta son mouchoir de ses yeux, et jeta sur elle-même un regard surpris. Dans le tumulte de son orgueil soulevé, de son impérieuse passion, de ses pleurs d’impuissance, elle avait oublié les circonstances extérieures, elle avait perdu conscience de son travestissement. M. de Villenoise, avec un sursaut d’inquiétude, la vit se dresser tout à coup. L’avait-il offensée de nouveau par cette anodine moquerie prononcée pour la distraire? Qu’allait-elle imaginer encore? Tout était à craindre de cette nature follement irritable, impulsive à l’excès.