—Rien.

—Est-ce que quelque chose vous gêne?

—Pas du tout.

—Vous ne devez pas voir la moitié de la scène, comme vous êtes placé là?

Il prétexta qu’il avait mal aux yeux, que les lumières le fatiguaient. Intérieurement, elle s’étonna. Non pas des imperceptibles incidents, mais du soudain changement d’humeur de M. de Villenoise. Car il était venu fort gaiement à cette représentation, et, tout à l’heure, le fou rire l’avait pris devant l’impayable façon dont Coquelin, dans Les Précieuses, criait: «Au voleur!...»

Maintenant, quoiqu’une divette à la mode débitât drôlement, sur ces planches solennelles, des couplets éclos au «Chat Noir», Vincent ne souriait même pas. Son visage, tourné vers la chanteuse, ne reflétait rien des effets inattendus de la mimique ni de la suggestive perversité des intonations. Mais l’expression de ses traits restait rigide et tendue comme sous l’intensité d’une idée fixe. Et, par instants, ses prunelles, invinciblement attirées, glissaient dans une direction que Sabine ne déterminait pas encore, pour revenir, avec une espèce de sursaut conscient, poser leur regard vide sur la femme qui minaudait toute seule au milieu de la scène.

—Eh bien, dit tout à coup Mme Marsan, je suis bien aise de l’avoir entendue, cette fameuse étoile. Mais je ne comprends pas l’engouement du public. Moi, elle m’agace. Et vous?

M. de Villenoise eut un haussement d’épaules.

—Je croyais, insista Sabine, que vous l’admiriez. Vous m’en avez parlé avec tant d’enthousiasme après votre soirée chez la marquise de Vernage!

Vincent répondit par un monosyllabe d’indifférence.