Elle eut un aigre rire. Sa malice avait réussi. Elle avait vu l’effet de son exclamation sur Vincent. Mais elle avait pu élever la voix sans crainte. Car ni le général ni Gilberte n’avaient passé devant sa loge.
«C’était donc bien eux!» pensa-t-elle. «Et il ne me les a pas montrés! Il a fait semblant de ne pas les voir. Il ne m’avait pas non plus parlé de cette noce, où elle a été sa demoiselle d’honneur. Oh! il se passe quelque chose... Peut-être est-il déjà épris de cette petite poseuse. Et elle aura fait la coquette avec lui. Ce n’est pas étonnant, il a des millions... Ah! l’affreuse fille, que je la hais! Dieu! s’il songeait à l’épouser!... Mais non... cela ne se fera pas... car je les tuerais tous les deux!...»
Tels étaient les sentiments qui rabaissaient et déchiraient l’âme de Sabine, tandis que Vincent la ramenait, dans sa voiture, rue de la Pompe. Mais elle ne disait rien. Elle ne l’attaquait pas ouvertement, comme elle l’aurait fait dans une circonstance de moindre gravité. L’effroi de ce qu’elle soupçonnait la rendait cette fois prudente et muette. Vincent, non plus, ne parlait pas de leur soirée. Une tristesse profonde, une vague inquiétude, lui serraient le cœur et lui fermaient la bouche.
Quand le coupé s’arrêta, il mit un baiser sur la joue de son amie. Mais les lèvres comme la joue restèrent froides.
Puis la porte cochère battit, la voiture tourna... Et chacun des deux amants se trouva seul en face de la nuit.