—Gisèle est morte.

Morte!... Comment cela se pouvait-il? Cette créature si jeune, si ardemment vivante, si belle!... Morte!... Jamais Simone n'aurait pu croire qu'elle en éprouverait un tel choc de douleur. Morte, sa Gisèle! Ah! maintenant elle lui pardonnait tout... Et sa propre humiliation, à elle-même, et les vilaines intrigues.—Mon Dieu! ses folies avaient bien leur excuse: son mari, ce pauvre Chambertier, était d'une si navrante bêtise, d'une si exaspérante platitude!—Morte!... Simone la revoyait comme la dernière, la toute dernière fois, dans le corridor de cette maison de Meudon, affolée, échevelée, lui criant: «Sauve-moi!...» avec les longues mèches de ses cheveux superbes s'accrochant aux broderies métalliques et à la ceinture pailletée de son peignoir oriental. Puis, le souvenir bondissant par-dessus les jours, elle la revoyait encore sur la petite place du village de Giens, choisissant des oursins dans le panier du pêcheur, et les mangeant ensuite, rieuse et debout dans le pan d'ombre de la petite maison aux lignes sèches, découpées sur le bleu violent du ciel, avec un arôme de mer dans l'air tranquille, et, tout autour, une sensation de chaleur et d'espace.

Simone pleurait. Mais, tandis qu'elle croyait pleurer seulement sur Gisèle, quelque chose en elle, au plus profond de son être, pleurait sur elle-même—et elle ne s'en doutait pas.

Enfin, elle dit à Roger:

—Oh! que je sache comment elle est morte. Dis-moi tout... tout... Je serai très calme, j'aurai de la force.

—Tu veux tout savoir?

—Oui, tout.

—C'est bien triste, ma Simone. Tu regretteras peut-être d'avoir exigé cela. Je serai obligé de te dire sur ton amie des choses que tu aimerais mieux ne pas connaître...—Il baissa la voix.—... Des choses que tu aimerais mieux ne pas m'entendre te dire.

Simone fit un geste d'insistance pour qu'il parlât. Mervil reprit, se défendant encore:

—Tu sais bien que tu t'es fâchée contre moi, le jour de la naissance de Hugues, parce que je disais que Gisèle... Enfin tu ne voulais pas croire...