—Oh! s'écria Simone, tu l'accusais avec tant de légèreté, d'ironie! Mais va, maintenant... Je sais que tu n'ajouteras pas de commentaires cruels. Quoi qu'on dise des morts, on ne peut le dire qu'avec respect.

Alors Mervil raconta tout—tout ce que Jean d'Espayrac, dans la tristesse et presque dans le remords de cette fin subite, lui avait révélé. D'abord, il avouait à son ami, le pauvre Jean, qu'il avait aimé Gisèle, mais que, depuis quelque temps, non seulement il ne l'aimait plus, mais encore il l'avait presque prise en grippe, et que cette liaison lui était devenue intolérable.

—Prise en grippe?... répéta Simone avec surprise.

—Oui. Elle lui avait causé des ennuis sans nombre... Ce duel ridicule avec le mari... Et pire que cela: j'ai cru comprendre qu'elle avait attiré quelque chagrin, quelque grosse humiliation à une personne que Jean respecte, adore... d'une adoration peut-être sans espoir.

—M. d'Espayrac t'a dit cela?

—A peu près. Tu comprends que je n'ai pas insisté.

—Continue... dit Simone après un court silence.

Et Mervil continua. Jean allait au Havre pour se séparer de Gisèle. Elle l'y suivait. Il faisait construire un yacht pour visiter cet hiver les côtes de la Méditerranée. Elle prétendait s'embarquer avec lui. Quand il lui représentait le scandale, elle déclarait s'en moquer. Elle ne pouvait plus vivre avec son mari; elle interdisait à Chambertier de la rejoindre au Havre; jamais elle ne reprendrait l'existence commune: plutôt mourir. Elle avait, paraît-il, fait tout au monde pour convaincre cet aveugle mari de son malheur conjugal; il n'y voulait pas croire. Puisqu'elle ne pourrait obtenir un divorce convenable qui lui permît d'épouser Jean, eh bien, elle vivrait avec lui sans l'épouser, voilà tout.

—L'épouser?... interrompit Simone. Est-ce que, vraiment, M. d'Espayrac l'aurait épousée, si elle se fût rendue libre?

Roger Mervil hocha la tête et leva les yeux au ciel avec une expression de physionomie qui peignait le comble de la misère terrestre,—d'où Simone conclut que tel était le jour peu favorable sous lequel d'Espayrac envisageait la perspective d'un mariage avec Gisèle.