Il ne rit plus!!!... La mère eut un grand tressaillement de remords. Il ne riait plus, son enfant, son cher petit Hugues. Et c'était à cause d'elle! C'est elle qui l'avait voulu ainsi!
Quand le père eut quitté la chambre, elle pleura, elle pleura longtemps. Puis elle eut une révolte contre cette barbarie à laquelle elle se forçait. Non, ce n'était plus possible! Puisque l'enfant ne s'habituait pas, elle ne le laisserait pas dépérir ainsi loin d'elle. On allait le faire revenir, voilà tout. On n'attendrait même pas la fin du semestre. Quant à ce qui arriverait dans la suite?... Eh bien, à la grâce du ciel! Qu'elle souffre encore davantage, s'il le fallait... Mais que le petit soit heureux!
Aussitôt qu'elle parla de reprendre Hugues, Mervil fut tout content. Mais, comme il se méfiait de sa faiblesse et se reprochait d'aller peut-être—tant il avait été influencé dans l'autre sens—contre le véritable intérêt de son fils, ce fut lui qui, le plus chaudement, conseilla d'attendre jusqu'à la fin du semestre. Il s'en fallait seulement d'une dizaine de semaines.
—Maman, dit le petit Hugues,—un jour d'adieux trempés de larmes dans le parloir du lycée,—ne me laisse pas, vois-tu... Il y a encore deux mois! Je n'irai jamais jusqu'au bout. Deux mois, c'est trop long pour un petit garçon comme moi.
Elle se moqua de lui, tendrement. Mais elle fut secouée d'une terreur presque superstitieuse lorsque, deux jours après, elle reçut une lettre du proviseur lui annonçant que son fils était malade. Puis elle se remit un peu, sur une seconde lecture, quand elle s'assura que c'était seulement une légère attaque de rougeole. Et tout de suite, avec une valise, elle se mit en route pour Chartres. «Je descendrai à l'hôtel,» dit-elle à Mervil, «mais j'espère bien cependant qu'on me laissera le soigner jour et nuit.»
—Non, non, disait le musicien, ne te fatigue pas. Ne t'inquiète pas, surtout... Une petite rougeole d'enfant, ce n'est rien. Et télégraphie-moi plusieurs fois par jour. Au premier signe de toi, je te rejoins.
Quand il vit sa mère, Hugues pensa qu'elle allait le ramener à la maison. Mais on lui expliqua que, dans sa maladie, la seule chose à craindre, c'était un refroidissement. On ne pouvait donc pas le transporter en chemin de fer. Dès qu'il irait mieux, il partirait.
—Et, tu sais, lui disait Simone à l'oreille, cette fois-ci, ce sera pour de bon, nous n'attendrons pas les vacances de Pâques.
Il eut un sourire joyeux. Mais, le soir, quand on vint expliquer à Mme Mervil que le règlement interdisait qu'elle passât la nuit, que vraiment d'ailleurs la maladie était trop légère pour autoriser une exception, que le proviseur la suppliait d'aller prendre elle-même du repos, l'enfant eut une crise de larmes.