Il éclata de rire, ce beau rire dont la mélodie prenait l'âme, comme un leit-motiv d'éternelle gaieté. La fièvre en faisait tinter les notes avec plus de sérénité, de plénitude. Oh! comme c'était bien le rire de Jean!... Même en la torture de son inquiétude, la mère en eut l'impression, le frisson. Cependant elle ne songeait plus à lui imposer silence.
Une longue journée d'angoisse commença. Après la fièvre qui, toute la matinée, secoua, tordit, consuma ce pauvre petit corps, une prostration survint, qui le laissa tout anéanti, sans couleur, sans souffle, ainsi qu'une frêle chose brisée, contre l'oreiller blanc. Et, vers le soir, il avait tellement l'aspect d'un petit être à l'agonie, avec le geste incessant de ses menottes pour remonter le drap, que Simone, folle d'épouvante, expédia vers son mari un télégramme désespéré.
Quand Mervil arriva, un peu avant minuit, c'était la fin. Hugues semblait ne plus voir, ne plus entendre. Mais, toujours, le va-et-vient très lent, très affaibli, de ses menottes sur le drap, montrait qu'il vivait encore. Roger se pencha sur lui, la gorge tellement crispée de douleur qu'il ne pouvait d'abord parler. Enfin, il l'appela:
—Hugues, mon petit Hugues! C'est moi, tu ne me vois pas?
L'enfant essaya de soulever ses paupières; mais il sembla n'en avoir plus la force. Pourtant il avait reconnu qui lui parlait, car ses lèvres s'entr'ouvrirent, et on l'entendit murmurer:
—Papa!...
Ce fut tout. La tête s'affaissa de côté; les menottes cessèrent de se traîner si doucement sur le drap. Mervil étreignit la main de Simone, et la mère, qui comprit cette étreinte, se jeta sur la couchette avec un cri affreux.
Il ne rirait plus, son petit Hugues... il ne rirait plus, jamais!
Deux jours plus tard, dans la rue Ampère, un cortège, un long cortège de deuil se formait devant la maison du compositeur Roger Mervil. Sur le trottoir opposé, une foule stationnait, pour tâcher de reconnaître les visages célèbres. Et les yeux des mères se mouillaient de larmes en voyant ce cercueil si étroit, si léger, que l'on portait dans le grand char aux chevaux blancs, et sur lequel, ensuite, on amoncelait des fleurs.