La nervosité dont Simone avait souffert toute la journée s'exaspérait. Malgré la chaleur du salon, ses petits pieds se glaçaient dans ses souliers minces. Une flamme, au contraire, lui montait aux joues; et elle sentait aux yeux des picotements, comme si elle allait pleurer.

—J'ai la migraine, dit-elle.

Des petits cris de pitié s'élevèrent parmi ces dames. Gisèle voulut lui faire prendre un calmant, de l'antipyrine ou une perle d'éther. Mais Simone déclara qu'elle avait hâte de rentrer chez elle. En disant adieu à son amie, elle ne put se tenir, malgré la présence des étrangères, de la serrer en une longue étreinte, de l'embrasser à plusieurs reprises. Un élan de cœur, le regret d'un mouvement de jalousie à l'égard de Gisèle, un besoin de câline sympathie, provoquèrent cette explosion de tendresse.

Comme elle traversait le grand salon, elle aperçut à côté d'elle, inévitablement, le visage coloré de Chambertier, avec son air de bon chien craintif.

—Permettez que je vous accompagne, disait-il.

Puis, quand ils arrivèrent près de la serre, qu'il fallait traverser pour sortir:

—Ne restez pas si longtemps sans venir voir Gisèle, je vous en prie! fit-il, suppliant. Vous avez sur elle une si bonne influence!...

Il ajouta que cela n'avait pas marché du tout ce mois-ci. Mme Chambertier avait eu des colères, des bouderies, des fantaisies absolument déraisonnables.

—Tout ce que je lui dis l'exaspère... Ce n'est pas sa faute... Je sais bien... Ce sont les nerfs... Et puis, je m'y prends mal sans doute... Au fond, je ne connais pas les femmes, moi. Je ne suis pas un don Juan... Je ne sais pas ce qu'il faut leur dire.

Simone lui pressa la main, n'ayant pas la tête à lui répondre.