Simone, en ses rêves les plus hardis, n'avait point prévu pareille sensation, si tragique et si douce. Était-ce un paroxysme d'angoisse ou un paroxysme de délices? La souffrance l'emportait peut-être, car elle eût voulu gémir et mourir... Et cependant... Comment avait-elle pu douter qu'elle l'adorait, cet homme, dont un seul geste la plongeait en une telle intensité d'extase?
Ses lèvres haletantes, enfouies dans la fourrure de Jean, voulurent chercher un peu d'air. Elle tourna la tête, les yeux clos. Mais quand tout à coup elle sentit sa bouche prise par deux lèvres ardentes, elle eut un cri, une révolte, un recul...
—Oh! non... Oh! Jean... Laissez-moi... Je vous aime... Je suis folle... Ayez pitié de moi!... Et Paulette... Oh! ma pauvre petite Paulette!
Il lui semblait qu'elle allait porter malheur à son enfant. Cette superstition lui rendit de la force. Elle se rejeta dans le coin du coupé. M. d'Espayrac n'insista pas, ne la rassura pas, ne prononça pas un seul mot. Il prit seulement la main de Simone, et posa sur cette main, encore gantée du long gant de bal, un baiser plein de lenteur, un baiser qui disait sa soumission et sa reconnaissance. Puis il garda cette petite main dans la sienne, jusqu'à ce que la voiture s'arrêtât devant la maison des Mervil.
—Allumez dans le petit salon pour M. d'Espayrac, cria Simone, en s'élançant dans l'escalier vers la chambre de sa fille.
—C'est inutile, dit d'Espayrac au valet de chambre. J'attends seulement des nouvelles, et je repars tout de suite.
Un instant après, Mervil descendait vers son ami.
—Eh bien?... demanda le poète, un peu gêné de sentir combien il aimait toujours cet homme dont il allait prendre la femme.
—Rien, rien du tout, heureusement, dit le compositeur, du moins rien de ce que je craignais.
—Qu'est-ce que tu pensais donc?