Simone, qui avait changé de place avec Gisèle pour ne plus se trouver en face de Chambertier, tournait maintenant le dos aux chevaux. Elle n'aperçut donc pas le promeneur. Aussi reçut-elle un choc à la faire presque s'évanouir, lorsque son amie s'écria:
—Par exemple, voilà qui est trop fort! Mais c'est M. d'Espayrac!
On se trouvait maintenant si près, que Jean put entendre l'exclamation. Il s'arrêtait, saluait. La voiture lancée le dépassa; mais, sur un ordre de M. Chambertier, le cocher retint son attelage. D'Espayrac s'approcha de la portière.
Il montait un cheval de louage qui faisait mal valoir ses grâces de cavalier parfait. C'était, paraissait-il, sa plus vive préoccupation de beau sportsman vaniteux, car il commença par dire du mal de sa monture, et par jurer que, sans un vif désir de rattraper ces dames, il n'eût pas consenti à se montrer sur un carcan pareil.
—Laissez donc, dit Gisèle. Nous vous avons vu gagner des flots de rubans au Concours hippique, sur votre Saturne. Votre amour-propre est sauf. N'injuriez plus cette pauvre bête.
—On vous a donc dit, prononça Chambertier, que nous étions partis pour la presqu'île de Giens?
—Mais non, il l'a deviné, dit Gisèle avec le haussement d'épaules dont elle accueillait généralement les remarques de son mari.
Jean expliqua qu'il était arrivé pour leur rendre visite juste au moment où ils venaient de partir. Le temps de prendre cette rosse chez un loueur et il les avait suivis.
—Mais pourquoi ne pas aller d'abord au village de Giens?