—Eh bien, était-ce beau? Vous restez déjeuner avec nous, monsieur d'Espayrac?
—Certainement, madame, avec le plus grand plaisir, dit-il d'un air plein d'entrain.
Il se jeta dans un fauteuil d'osier, à l'ombre d'un groupe de poivriers aux fines chevelures, tandis que Mme Mervil ouvrait des lettres, apportées en son absence, et qu'un domestique venait de lui remettre.
Un instant après, Mme Chambertier parut dans l'embrasure du porche, entre l'encadrement du lierre. Elle portait une robe d'une nuance fausse et charmante, avec une petite veste en point de Venise appliquée sur le corsage; ses longs yeux avaient une douceur plus alanguie encore que de coutume; entre ses lèvres si rouges, retroussées d'un peu d'ironie, brillaient ses dents humides, et ses cheveux noirs, aux artificiels reflets de cuivre, ajoutaient à sa physionomie quelque chose de voluptueux et de barbare.
Simone, qui releva les yeux, fut frappée de sa beauté.
—Tu as de mauvaises nouvelles? Qu'est-ce qui arrive? Tu es blanche comme un linge!... s'écria Mme Chambertier.
La pâleur de sa triste promenade transformait d'une effrayante façon le visage de Simone. On eût dit que tout son sang avait coulé par une invisible blessure. Pourtant l'exclamation alarmée de son amie fit courir sur ses joues une ombre rose, qui s'évanouit aussitôt.
—Ta petite Paulette n'est pas malade, j'espère?
Il en coûtait à Simone de mentir lorsqu'il s'agissait de la santé de sa fille; elle se figurait lui porter malheur. Pourtant il ne lui vint pas d'autre excuse. D'ailleurs elle était résolue à partir le jour même, et ne pouvait alléguer de meilleur prétexte qu'une maladie de l'un des siens.