Cependant Nicole venait de décacheter sa lettre. Elle avait regardé la signature. Elle lisait.
Avant d’avoir parcouru la première page, ses mains tremblantes durent fermer son ombrelle, qu’elles ne soutenaient plus. Et ce ne fut pas trop de ces deux faibles mains pour fixer ce papier que tourmentait une agitation plus indocile que celle du vent.
Quand elle eut terminé, elle relut. Puis, appuyée aux coussins de sa voiture, elle dirigea vers l’horizon un regard si fiévreusement fixe qu’il suspendait l’habituelle palpitation des paupières. Rien, si ce n’est cette immobilité un peu hagarde des prunelles largement dévoilées, ne trahissait ce qui pouvait bien se passer en elle, ni quel tourbillon de sentiments y avaient soulevé ces phrases, signées d’un tel nom, avec — sous le sens officiel apparent — le mystère passionné qu’évoquaient leurs moindres syllabes.
Comme la voiture approchait de Sézanne, Nicole enferma la lettre d’Ogier dans le petit sac en daim gris brodé de perles d’acier qu’elle tenait à la main. Puis elle prit son billet, gagna le quai, sans voir des personnes de connaissance, qui la saluaient. De la même allure automatique, elle monta et s’assit dans un compartiment, lorsque stoppa l’express. Jusqu’à Paris, elle ne fit pas un mouvement et ne rouvrit pas le petit sac.
A l’arrivée, elle s’étonna d’apercevoir une toute jeune fille, de seize ans à peine, qui vint au-devant d’elle, sur le quai.
— « Comment, Yvonne ! Tu sors seule ?
— Il faut bien, ma tante. Je vais à mon cours. Je n’ai pas pu vous attendre pour déjeuner. Alors, j’ai dit à maman que je passerais ici pour vous dire bonjour.
— Et tu vas maintenant au Conservatoire ?
— Oui, ma tante.
— Je vais t’y mettre en voiture. »