— « Vois-tu, ma petite, » reprit-elle, « moi, j’ai toujours été honnête, parce que, ni moralement, ni physiquement, je n’étais destinée à autre chose. Si j’avais eu le choix, peut-être aurais-je découvert que je faisais un métier de dupe.

— Ne dis pas cela, ma pauvre chérie. Ne le dis surtout pas devant ta fille.

— Pour qui me prends-tu ?… Suis-je femme à pervertir mes enfants ?… »

Nicole la savait très aigrie, ne s’offusquait pas de ses ripostes.

— « Tu as découvert le sens de la vie, toi, Nicole ? » questionna âprement Mme Raybois. « Tu es tout à fait sûre de la façon dont il faut la vivre ? »

Sa cousine la regarda sans répondre, avec un incertain battement de cils sur ses beaux yeux tristes.

— « Puisque nous ne savons pas pour nous-mêmes, » continua la veuve, « autant laisser nos enfants trouver pour eux. Surtout quand les circonstances ne nous permettent pas de leur offrir un chemin tout battu.

— Comme c’était mieux de croire à un au-delà !… » murmura Nicole.

— « Certainement !… Car, pour ne pas conclure suivant l’effroyable logique de l’existence terrestre, nous devons la concevoir suivie d’une autre où tout serait renversé. Mais y crois-tu, à cette autre existence ?

— Je le voudrais.