Nicole, d’une main mal assurée, ouvrit le fermoir du petit sac brodé de perles. Entre le mouchoir minuscule et la mignonne bourse en or, un papier, trop à l’étroit, se roulait sur lui-même. Elle le tendit à sa cousine.

Berthe le lut, méditant sur chaque ligne, tandis que Mme Hardibert, la tête inclinée, suivait de mémoire ces phrases toutes gonflées par le souvenir, et aussi par le mystère des cœurs impénétrables.

« Que cache-t-il, » se demandait Nicole, « sous ses correctes formules ?… La satisfaction de la revanche ?… Une indifférence polie ?… Ou bien l’appel d’un amour qui palpiterait encore et qui voudrait m’arracher un cri de jalousie, l’interdiction peut-être d’un tel mariage, interdiction pour laquelle je lui devrais ensuite la plus folle des compensations ?… »

Savoir !… oh ! savoir ce qui demeurait d’elle dans cette pensée, traversée sans cesse par tant d’autres images qu’elle ignorait !… Au fond de ces yeux, dont la gravité caressante pénétrait encore son âme, à travers la distance, le temps, du même frisson de délice et de détresse !…

Cependant Berthe achevait sa lecture. Elle repliait la lettre, sans parler. Une ironie subtile faisait fléchir sa bouche.

— « Eh bien ?… » demanda la tremblante Nicole, en reprenant le papier.

— « Mon Dieu, » fit sa cousine, « je trouverais cruel de m’écrier : « Comme j’avais bien vu ! »

— Quoi donc ? Qu’avais-tu vu ?

— Que ton poète possédait un fonds de caractère très positif, très pratique. Combien tu dois te féliciter, ma petite Nicole, de ne pas t’être laissé prendre aux belles phrases de ce jeune arriviste ! Si tu avais eu le malheur de lui céder, il épouserait quand même aujourd’hui sa petite millionnaire. Seulement il ne t’en demanderait pas la permission. Imagine où tu en serais !… »

Sous le cinglement de ces réflexions, d’autant plus cruelles qu’elles paraissaient plus justes, quelque chose éclata dans le cœur de Nicole. Une effervescence douloureuse, qui la surprit elle-même, fit jaillir le fiel et le sang de son mal. Avant même d’avoir pesé la portée de ses paroles, elle s’écria :