— Je désirais vous confier un de mes costumes, Fanny, » reprit Nicole, sans vouloir remarquer l’évident désir qu’avait l’autre de s’échapper, « mais ma cousine, madame Raybois, m’a dit que vous ne prenez de l’ouvrage que pour les magasins. C’est vrai ?… Vous ne cherchez pas de clientèle particulière ?

— Non, madame.

— Cependant vous avez fait une exception pour madame Raybois. J’ai des droits au même privilège, » insista Nicole gentiment.

— « Oh ! j’ai cessé aussi de travailler pour madame Raybois. »

Mlle Coursol ne se détendait point. Son mince visage restait glacé, avec une pâleur anormale aux lèvres et des ombres fuyantes sous les longues paupières trop courbes. Allons ! il ne fallait pas songer à l’apprivoiser davantage. Sans doute son père l’avait reconquise, lui insufflant à la longue la haine et la méfiance de ces bourgeois, que la distance, maintenant, lui montrait sous un autre jour.

— « Eh bien, Fanny, je n’ai qu’à vous souhaiter bonne chance.

— Merci, madame… Et adieu, » dit la jeune couturière, qui tout de suite s’éloigna d’un pas preste, comme délivrée.

« Cette Berthe !… Elle n’avait que trop bien vu, cette fois, » songeait mélancoliquement Mme Hardibert, qui se rappela certaines attitudes étranges de sa cousine, tandis que son fiacre se remettait en route. « Je l’avais trouvée si drôle quand elle m’empêchait, sous un tas de prétextes, de visiter cette petite Coursol. « N’y va pas. Tu la trouveras changée. Quand ces filles-là viennent à Paris, la tête leur tourne… Tu auras un déboire… D’ailleurs elle ne fait pas de clientèle mondaine… » Et ceci… et cela… Pauvre Berthe, son pessimisme est si naturel, avec l’existence qu’elle a eue ! Et je le reconnais, au moins ici, tristement justifié. »

La voiture s’arrêta devant la gare de l’Est.

« Avec tout cela, n’ai-je pas manqué mon train ?… »