Nicole fila droit au quai, ayant déjà son billet de retour. Quand elle ouvrit son petit sac pour tendre le carton au timbre de l’employé, ses doigts effleurèrent la lettre de Georget, et un long frisson l’ébranla toute.
— « En voiture, madame !… en voiture !… »
Les portières claquaient. Elle se mit à courir pour atteindre les premières classes. Son jeune corps, oublieux des émotions paralysantes, eut un élan d’enfance, d’une vivacité élastique.
— « Nicole !… Par ici !… Nicole !… »
Un feutre gris, à larges bords, surgissait hors d’un carreau précipitamment abaissé.
D’un leste bond, elle s’éleva sur le marchepied. Quelqu’un saisit son bras. La strideur du coup de sifflet jaillit. Et, dans la secousse du départ, Nicole s’assit à côté de Raoul.
— « Tu étais donc à Paris ?… » demanda celui-ci, baissant la voix à cause de deux autres voyageurs.
— « Tu sais bien que je déjeunais chez Berthe.
— Tiens, c’est vrai, je n’y avais plus pensé. Pourquoi ne me l’as-tu pas rappelé ? J’aurais été te prendre.
— Voyons, Raoul… Souviens-toi que tu as décidé ton départ à l’usine, hier, et que tu m’as envoyé prévenir, en me demandant ton nécessaire de toilette. Tu n’es pas remonté me voir. »