— Voilà un tort, » repartit l’impassible Hardibert, « qui ne fermera pas le paradis aux femmes. Elles peuvent être tranquilles.
— Je ne t’ai pas dit la vérité ?…
— Mais si… mais si… C’était la vérité telle que tu voulais qu’elle fût, au moment où tu me la disais.
— Et quelle était la vérité vraie ?… Supposerais-tu que je t’avais trahi ?
— Oh ! ma chère, voyons… Même avec le minimum de tes aveux, c’était tout comme. »
Par un jeu bizarre des combinaisons psychologiques, cette phrase éclata terrible d’évidence dans l’esprit de Nicole. Ce qu’elle repoussait de toute sa force comme l’accusation la plus inique, retomba sur sa conscience, d’un poids accablant, irrécusable. Et pourtant elle le savait, elle le savait bien, elle s’était arraché le cœur pour ne pas devenir infidèle à l’époux, dont le noble caractère, tout à coup, l’avait reconquise. Mais alors, mon Dieu ?…
Elle s’affola. Un de ces mots lui vint aux lèvres, tels qu’en jettent comme une écume à la surface de l’être les convulsions désordonnées et incompréhensibles des profondeurs. Ils n’ont quelquefois pas plus de rapport avec le sens de notre émotion qu’une éclaboussure d’embrun avec les houles de l’abîme. Avant même d’y avoir réfléchi, Nicole répliquait à Raoul :
— « Tu mériterais que je me fusse conduite comme tu oses le prétendre. »
Il la cingla d’une sauvage riposte :
— « Peut-être ce risque m’était-il devenu indifférent. Quand on a cessé de croire à la valeur de ce qu’on possède, on ne prend plus la peine de le garder.