Quand elle rentra chez Berthe, celle-ci, aussitôt après l’avoir examinée, lui dit :
— « Allons… Le subtil poète a dû trouver de ces mots capables de te faire accepter même son mariage.
— Son mariage… Un signe de moi peut l’empêcher ! » s’écria Nicole.
Le cri d’orgueil et d’amour jaillissait, irrésistible.
Sa cousine la regarda, intriguée, indulgente, avec un de ces sourires de complicité féminine, qui flotte aux lèvres des plus sages devant un aveu de passion.
Elle-même, quoique invitée avec sa fille au déjeuner des Mériel, s’était excusée, prétextant le deuil qu’elle quittait à peine, et refusant d’envoyer Yvonne avec les Hardibert, parce qu’il aurait fallu dépenser le prix d’une toilette pour la jeune élève du Conservatoire. Mais, à Nicole, elle n’avait pas caché le fond de sa pensée :
— « Je n’y serais allée dans aucun cas. Je trouve ce mariage odieux. Les deux fiancés me sont antipathiques, autant l’un que l’autre. Ta Toquette n’est qu’une étourdie et une ingrate. Et quant à monsieur Sérénis, je ne lui pardonne pas d’épouser ta filleule pour son argent, après avoir troublé pour jamais un cœur comme le tien. »
Maintenant, à l’ouïe de cette chose extraordinaire : que le soi-disant arriviste, l’homme incapable d’un sentiment fort, qui pouvait oublier une Nicole après s’être fait aimer d’elle, était prêt d’agir avec cette folie sentimentale dont s’émerveille toute femme, Berthe fut saisie d’un enthousiasme bien dangereux pour sa cousine :
— « Ah ! » s’exclama-t-elle, « il y en a donc un, capable, comme dit Musset, de déraisonner d’amour !… C’est gentil, ça !… La race en est bien perdue. Et je ne croyais certes pas que celui-ci la ressusciterait !… Nicole, ma petite… Je ne voudrais pas te donner de mauvais conseils… Mais quand je vois avec quelle brutalité autoritaire ou sensuelle, un Hardibert, un Raybois, malmènent nos pauvres cœurs, je me dis qu’il faudrait une vertu plus qu’humaine pour résister à un être de charme comme celui-là, qui, par-dessus le marché, se montre fidèle jusqu’à l’extravagance… La vie ne m’a pas donné la chance d’en rencontrer un, ou de pouvoir lui plaire… Sans cela, je ne réponds pas… ou plutôt je ne réponds que trop, de ce qui serait arrivé. »
Elle n’eut pas le loisir de continuer ce hasardeux discours, parce que ses enfants survinrent. Avec les irruptions intempestives des trois garçons, une conversation suivie n’était guère possible.