— « Tu es trempée !… C’est de la folie !… Qu’arrive-t-il ?… Comment es-tu venue ?… Seule ?… »

Naturellement. Est-ce qu’une indépendante comme Toquette, et américanisée encore, s’embarrassait d’une femme de chambre ?

— « Eh ! qu’importe un peu de pluie !… Mais je vous inonde, marraine… Pardon… »

Elle s’écarta. Nicole, avec une crispation secrète, la vit singulièrement embellie et émouvante, transfigurée par une expression nouvelle, ses yeux d’or brun alanguis d’une tristesse délicate, et le teint si éclatant, rosé par l’air vif et humide, sous la chaude auréole des cheveux fauves, où frisaient des mèches folles, perlées de bruine.

— « Tu vas retirer cette jaquette. Je te mettrai un châle sur les épaules. Et tu boiras quelque chose de bouillant. Tu n’avais donc pas de parapluie ?…

— Si, mais avec ce vent…

— Voyons tes chaussures… Oh ! ces souliers minces !… La femme de chambre va te les ôter tout de suite. »

Elle sonna. Son âme s’amollissait à ces soins. N’était-ce pas, dans cette chambre familière, la petite Toquette d’autrefois, revenue de quelque équipée à travers le parc noyé d’averses ?…

Ah ! Nicole… cœur mal fortifié, trop ouvert à la sensibilité des autres, que vous êtes peu faite pour les revendications où il faut de l’égoïsme, et pour les rivalités où il faut de la haine !

Mme Hardibert regarde cette pauvre grande fillette, dont les yeux s’embrument, non pas de la vapeur du thé qu’elle boit, mais de vraies larmes, tandis que, suivant l’ordonnance formelle, Toquette avale une pleine tasse brûlante avant de parler. Par-dessus le bord de cette tasse, le regard ingénu, ardent, désolé, va vers cette marraine, qui se demande encore ce qu’elle doit y lire, mais qui, déjà, n’en peut supporter la supplication.