— « Voyons… Tu es réchauffée ?… C’est bien vrai ?… Parle maintenant. »
La voix se défend de toute cordialité. Nicole se raidit. Sa filleule est-elle venue en accusatrice ?… Elle n’acceptera pas d’explication. D’abord il n’y en a pas de possible entre elles deux. Elles ne sont pas dans la même région de la vie. La vierge aurait trop d’avantage contre celle dont l’amour est un péché. Mais cet amour, coupable ou non, il peut ici demander, plutôt que de rendre, des comptes. N’est-ce pas Toquette qui l’a réveillé en flamme dévorante parce qu’elle a commis l’imprudence de s’attaquer à lui ?… Cet amour… il existait bien avant que la jeune inconsciente connût seulement le sens du mot aimer.
— « Marraine, il m’arrive quelque chose d’affreux. Je suis trop malheureuse !… Alors je viens à vous… Je n’ai pas toujours été gentille… Mais vous m’avez pardonné… Puis vous me plaindrez tellement !… Et d’ailleurs, à qui aurais-je recours ?… »
Elle parlait à petites phrases hachées, les lèvres tremblantes de sanglots contenus. Toute sa turbulence joyeuse était tombée. Ce n’était plus l’adolescente à l’imagination et au sang en effervescence, grisée de sa propre sève, et marchant sur terre comme en pays conquis. C’était la jeune fille en qui s’éveille une souffrance de femme. D’ailleurs, elle s’intimida, — chose non moins neuve chez elle. La manifeste froideur de Mme Hardibert la consterna.
Celle-ci lui disait :
— « Mais, Victorine, avant toute confidence, je dois te suggérer que ton père te guiderait mieux que moi. Il a toujours été en désaccord avec les conseils que je te donnais. Et je ne voudrais pas…
— Oh ! marraine… Il s’agit de circonstances où un homme ne saurait que faire des maladresses… Et aussi de quelqu’un que vous connaissez mieux que lui.
— Quelqu’un ?… Qui cela ? »
Toquette balbutia, comme si le nom, maintenant, lui faisait mal :
— « Ogier Sérénis.