— « Voyons, Toquette… Que t’a dit Ogier ?… Que s’est-il passé entre vous ? Est-ce que ton caractère ?…

— Mon caractère n’a rien à voir avec son changement d’attitude. Ah ! marraine… mon caractère !… Mais je n’en ai pas avec lui… Je n’ai plus de volonté en sa présence… Je l’aime. »

Comment ne pas la croire ?… Elle trouvait les mots et les pensées que seul un sentiment dominateur inspire. Sa logique d’enfant gâtée n’eût pas découvert ces choses. Elle était bien dans le miracle de la tendresse. Devant les yeux effarés de Nicole tombait la légende d’un impérieux et vaniteux caprice.

— « Depuis que je pressens mon malheur, j’ai beaucoup réfléchi, marraine. J’ai pensé que, peut-être, un écrivain — surtout nerveux et impressionnable comme Ogier Sérénis — redoutait de se dépayser, de s’exiler dans une atmosphère différente de la sienne. Je ne lui ai pas assez caché combien la vie américaine me plaît, les idées de là-bas, tout… et quel plaisir j’aurais à l’emmener dans ce Nouveau Monde qui nous a faits ce que nous sommes, père et moi. A-t-il eu peur d’y être circonvenu, retenu, d’y perdre un peu de sa subtilité légère, de son alerte facilité française ?… »

Elle s’interrompit devant la stupeur évidente de Nicole.

— « Croyez-vous que j’aie mal vu, marraine ? » demanda-t-elle avec une soudaine humilité.

— « Vu ?… Tu n’as pas pu voir… Tu es trop inexpérimentée, trop jeune… Il t’a parlé dans ce sens, n’est-ce pas ?

— Non.

— Ce n’est pas possible !

— J’ai tâché de le comprendre. J’avais un tel désir de le rendre heureux ! »