Et la fine marraine rectifiait ce qui risquait de tourner à la vulgarité, mais avec une admiration secrète pour l’aisance merveilleuse de Victorine au milieu de leurs ouvriers. La mâtine les eût harangués avec autant de plaisir qu’elle se fût jointe à la partie de barres de leurs mioches. Et il fallait l’entendre raisonner les mères de famille, les gourmander ou leur remonter le moral, quand Nicole l’emmenait dans ses tournées à travers le village.

Celle-ci, malgré sa bonté, sentait toujours la barrière entre elle et ces êtres, qu’elle ne comprenait pas tout à fait, dont elle avait vaguement peur. Et, tout naturellement, eux la sentaient aussi. Une ombre de répugnance, une ombre de timidité, cela suffisait à empêcher l’entente cherchée de bonne foi, comme la moindre appréhension du dompteur, devinée par les fauves, suffit à les rendre indociles et dangereux. Le peuple restait trop, pour Nicole, le formidable fauve, dont par nulle caresse on ne peut prévenir à coup sûr le rugissement et le coup de griffe.

Cependant, le landau longeait des murs, au delà desquels des bruissements sourds, des sifflets de vapeur, des fracas métalliques, annonçaient l’activité des machines et des bras nombreux. Une grille fut dépassée, dont l’ouverture laissa voir tout le mouvement de l’usine au travail. C’était la Martaude.

Nicole observa :

— « Aucun atelier ne paraît chômer complètement. »

Honoré se tourna sur son siège :

— « Madame voit si la gaillarde a encore du cœur au ventre. »

Du bout de son fouet, il désignait la masse des bâtiments, l’ossature énorme de cette « gaillarde », comme il disait, de cette Martaude, qui trépidait tout entière de la volonté et de l’effort humains.

On la dépassa. Les chevaux précipitèrent leur allure. Puis, à un coude de la route, en vue d’une rivière, ils tournèrent d’eux-mêmes, brusquement, tandis qu’Honoré jetait en arrière ses considérations optimistes. Alors Capon et le Brûlé prirent le pas. Ils connaissaient bien le bout de côte.

La maison d’habitation se trouvait sur un épaulement de terrain, dominant la fabrique. Sa façade regardait de l’autre côté, vers le vallon. Et les voitures y accédaient par ce lacet, prolongé sous bois, à travers le parc. En arrière, quelques terrasses étagées, que reliaient des marches, établissaient la communication entre le domaine où s’activaient les ouvriers et la demeure où pensait le maître, entre la tête et le corps de ce grand organisme laborieux.