— « Nicole…
— Georget, soyez raisonnable. Voulez-vous m’obliger à ne plus vous voir ?
— Je ne vous demande rien, » dit-il, en baisant la main qu’il avait prise. « Rien pour vous… Mais tout pour moi. Soyez mon amie, mon inspiratrice… Préservez-moi d’un regret mortel, avec un peu d’illusion et de pitié.
— De l’illusion, de la pitié !… Dites une affection profonde, mon ami, et la plus ardente sollicitude pour vos nobles travaux. N’ai-je pas confiance en vous ?… en moi-même ?… Aurai-je recours à des tactiques indignes de nous ?… Nous planons tous deux au-dessus des dangers qu’on évite par la fuite et le mensonge. N’est-ce pas ?… Dites-le !… Vous êtes Georget pour moi seule, mon poète. Je suis votre amie, votre muse, comme vous me le demandez loyalement. Car c’est loyalement que vous me le demandez, jurez-le moi. »
Était-ce bien la silencieuse Nicole ? Les mots lui venaient dans une fièvre. Un peu de rose teintait ses joues mates. Ses yeux transparents se fonçaient d’exaltation. Elle prêchait la sagesse avec une flamme trouble sur son adorable visage. Qu’elle était sincère, inquiète et dangereuse !…
Georget murmura :
— « Vous savez bien que je vous obéirai en esclave. Il en sera comme vous le voudrez. Je vous suis soumis jusqu’à la mort. »
VII
Dans la grande salle à manger, ouverte au large sur la gaîté verdoyante du dehors, le déjeuner prenait fin.
La conversation languissait. Des anxiétés diverses pesaient sur les cinq convives. Nicole et Ogier songeaient à la séparation imminente. L’écrivain ne voyait pas la possibilité de prolonger son séjour plus longtemps. L’après-midi même il retournait à Paris.