— « Mais qu’as-tu ?…
— C’est toi… c’est toi… » balbutia-t-elle. « Je ne te savais pas si bon… »
Il rit.
— « Je t’ai donné une bien mauvaise idée de moi, Nicole… Quel vilain monstre étais-je donc ? Ah ! j’ai beaucoup à me faire pardonner. »
A genoux près d’elle, maintenant, il exagérait son repentir, mêlant aux graves paroles les puérilités par lesquelles sa gaucherie d’homme froid se tirait des expansions difficiles. Et il y avait dans sa maladresse même quelque chose d’attendrissant, qui perçait le cœur de sa femme.
Elle, comme lui, et lui, comme elle, ils se trouvaient à ce moment dans le meilleur du bien qu’ils voulaient faire. Ce qu’ils accompliraient demain plus ou moins entièrement, suivant la formule de leurs natures, ils le préméditaient ce soir dans une perfection merveilleuse. Nicole, plus imaginative, dépassa Raoul sur ces hauteurs idéales que l’âme atteint, mais où elle ne peut rester. Une irrésistible exaltation l’envahit.
— « Relève-toi, » prononça-t-elle d’une voix doucement rauque et impressive. « C’est à moi de m’agenouiller devant toi.
— Que dis-tu ?… »
L’irréparable se tisse à la trame de nos existences par nos gestes nobles aussi bien que par nos mouvements pervers. Nicole ne pouvait être vertueuse avec circonspection. Seule et de sang-froid, l’énergie lui manquerait. C’est ce qu’elle craignit, c’est ce qu’elle exprima ; en jetant cet appel — plus dangereux qu’elle ne supposait à un mari tel que Hardibert :
— « Sauve-moi !… »